Audit sémantique SEO : aligner vos contenus existants

Sur un échantillon d’environ 14 milliards de pages, 96,55 pourcent des pages indexées ne reçoivent aucun trafic organique de Google, et 1,94 pourcent en reçoivent entre 1 et 10 visites par mois (étude Ahrefs sur 14 milliards de pages, 2023). La production de contenu n’est donc pas le problème. La plupart des sites ont déjà écrit. Ils ne savent simplement plus ce que leurs pages font.
Un audit sémantique répond à cette question, page par page, avec une décision à la clé pour chaque URL.
Un audit sémantique, c’est un audit de corpus, pas une recherche de mots-clés
La quasi-totalité des méthodes publiées démarre par « trouvez vos mots-clés », c’est-à-dire par une page blanche. Utile en amont d’un plan éditorial, mais ce n’est pas un audit.
Un audit sémantique part des pages qui existent. Il prend l’URL, regarde ce qu’elle fait dans les résultats, et vérifie qu’elle sert une intention identifiable, une seule, conforme au rôle qu’on lui avait assigné. Une recherche de mots-clés produit un plan de production ; un audit sémantique, un plan d’arbitrage sur l’existant.
Les quatre décisions que doit trancher l’audit
Un audit se juge au nombre d’URL pour lesquelles il a tranché. Quatre décisions possibles, une seule par URL.
Garder en l’état. La page est alignée sur une intention claire, elle performe ou elle progresse. On la surveille, rien de plus.
Fusionner. Deux pages, parfois trois, servent la même intention. On en garde une, on rapatrie le meilleur des autres, on redirige.
Réécrire. La page vise la bonne requête avec le mauvais format, le mauvais angle ou une couverture trop mince.
Supprimer ou désindexer. La page ne sert plus personne : ni un visiteur, ni un commercial, ni une requête.
Un audit qui ne tranche pas une de ces quatre décisions par URL est un inventaire, et il finit en PDF que personne n’exécute. Une prestation d’audit sémantique livre cet arbitrage ligne par ligne, avec la requête retenue et l’action associée.
Ce que l’audit sémantique ne couvre pas
Ni le technique (temps de chargement, robots.txt, budget de crawl, indexation), ni le netlinking, ni le plan de marquage : ces volets relèvent d’un audit SEO complet. L’audit sémantique s’y branche en aval et suppose les pages accessibles et indexables. Si un tiers de vos pages ne le sont pas, il attend.
Quand le lancer : les trois signaux qui déclenchent l’audit
Le trafic monte, les demandes stagnent. Le signal le plus fréquent et le plus mal interprété. Diagnostic probable : le corpus capte des intentions informationnelles très en amont, sans page commerciale pour prendre le relais.
Le site a dépassé les 80 à 100 pages sans plan éditorial. Au-delà, personne ne sait plus dire quelle page vise quoi, et les doublons d’intention deviennent inévitables.
Une refonte ou une migration se prépare. Il faut savoir quoi conserver, rediriger, abandonner. Arbitrer après la migration coûte trois fois plus cher, sous la pression d’une baisse de trafic.
Le contexte marché renforce l’urgence : 27,2 pourcent du trafic de recherche aux Etats-Unis est zero-click, contre 24,4 pourcent en mars 2024 (Semrush, données State of Search Q1 2025, 2025). Les clics disponibles se contractent pendant que le nombre de pages publiées augmente : une page mal alignée coûte plus cher qu’il y a deux ans.
Étape 1 : construire l’inventaire exhaustif de vos pages indexables
Étape presque toujours expédiée, et c’est ce qui fausse tout le reste. Le réflexe habituel consiste à lancer un crawl et à prendre la liste obtenue pour celle des pages du site. Or un crawler suit les liens internes : il voit ce qui est lié, pas ce qui est indexé. Google connaît des pages que votre maillage a oubliées.
Croiser trois sources : crawl, sitemap et Search Console
Le crawl. Screaming Frog SEO Spider crawle 500 URL en version gratuite, la licence coûte 199 livres sterling par an pour lever la limite (Screaming Frog, 2026). Exportez les URL en code 200 avec titre, nombre de mots, profondeur et liens internes entrants.
Le sitemap XML. Les URL déclarées, c’est-à-dire ce que le site prétend publier.
La Search Console. Les pages ayant reçu au moins une impression sur 12 mois, c’est-à-dire ce que Google connaît réellement.
Réunissez les trois dans un classeur, une colonne par source, croisez sur l’URL. Les écarts sont le diagnostic.
Page crawlée mais absente du sitemap. Sitemap mal généré, ou exclusion volontaire que le maillage n’a pas suivie.
Page au sitemap mais jamais atteinte par le crawl. Page orpheline : aucun lien interne ne pointe vers elle.
Page qui reçoit des impressions mais que le crawl ne trouve pas. Le cas le plus révélateur : Google la classe et lui envoie des utilisateurs pendant que votre site l’a oubliée. Souvent d’anciennes pages à fort historique.
Les pages que le crawl seul ne verra jamais
Les cas qui alimentent ce troisième écart :
- les pages orphelines héritées d’une ancienne arborescence ;
- les paginations de catégories et d’archives, indexées par défaut ;
- les pages générées par les filtres à facettes, qui produisent des centaines d’URL quasi identiques ;
- les anciennes landing pages de campagnes, jamais dépubliées ;
- les pages d’auteur, d’archives de dates et de tags sur WordPress, actives par défaut.
Elles diluent le corpus et se disputent parfois les requêtes de vos pages stratégiques. Une archive de tag qui ranke sur votre requête commerciale à la place de votre page de service ne se voit qu’avec un inventaire complet.
Le tableau de bord d’audit : les colonnes indispensables
Le livrable de travail est un tableau, une ligne par URL, rempli au fil des étapes suivantes.
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| URL | Adresse canonique |
| Titre | Balise title actuelle |
| Type de page | Service, blog, catégorie, landing, légale |
| Requête pivot déclarée | La requête que la page est censée servir |
| Clics et impressions 12 mois | Search Console |
| Position moyenne | Sur la requête pivot |
| Nombre de mots | Export du crawl |
| Dernière mise à jour | Date réelle de modification du contenu |
| Liens internes entrants | Export du crawl |
| Conversion associée | Objectif ou événement rattaché |
| Décision | Garder, fusionner, réécrire, supprimer |
Ce tableau n’est pas une annexe, c’est le livrable.
Étape 2 : extraire les données sans se faire piéger par les limites des outils
Les données exportées de la Search Console sont incomplètes, de deux façons distinctes, et presque aucune méthode publiée ne le dit. Un audit bâti sur un export tronqué produit un plan d’action faux : il déclare zombies des pages qui reçoivent du trafic, rate des gaps visibles, et concentre l’effort sur les 50 URL déjà connues en interne. Tout est documenté dans la documentation Google sur les limites des données de performance (Google Search Central Blog, 2022).
1 000 lignes dans l’interface, 50 000 par l’API
L’export depuis l’interface de la Search Console est plafonné à 1 000 lignes (Google Search Central Blog, 2022). Que votre site génère 40 000 requêtes distinctes n’y change rien : vous en verrez 1 000, les plus performantes.
L’API Search Analytics et le connecteur Looker Studio montent à 50 000 lignes par jour, par site et par type de recherche (Google Search Central Blog, 2022). L’API renvoie 1 000 lignes par défaut ; le paramètre rowLimit accepte une plage de 1 à 25 000, et startRow permet de paginer pour récupérer les lignes 25 001 à 50 000 (Google Search Console API, documentation searchanalytics.query, 2026).
Conséquence pratique : sur un site de plus de 200 pages, l’export manuel masque la longue traîne, précisément là où se cachent les trous de couverture et les pages qui rangent par accident. Le connecteur Looker Studio, ou un script qui pagine sur startRow, lève la limite.
Les requêtes anonymisées : pourquoi vos totaux ne tomberont jamais juste
Google exclut des tableaux les requêtes qui n’ont pas été formulées par plus de quelques dizaines d’utilisateurs sur deux à trois mois, pour protéger la vie privée. Elles restent comptées dans les totaux du graphique, mais n’apparaissent dans aucune ligne.
La somme des lignes est donc toujours inférieure au total affiché. La documentation Google donne l’exemple : 450 clics en additionnant les lignes contre 550 au total (Google Search Central Blog, 2022). Les 100 clics manquants existent, invisibles au niveau de la requête.
Ne concluez donc jamais qu’une page n’a pas de requête parce que le tableau est vide. Une page de niche, à vocabulaire technique et faible volume, peut travailler sans qu’aucune requête n’atteigne le seuil d’affichage. Croisez toujours le niveau requête avec le rapport par page, qui remonte les clics agrégés.
La fenêtre d’analyse : 16 mois pour séparer la saisonnalité du vrai problème
Google recommande explicitement, dans sa documentation sur le diagnostic des baisses de trafic, une plage de 16 mois pour repérer les motifs annuels, et une comparaison des 3 derniers mois avec la période précédente ainsi qu’en année glissante (Google Search Central, « Debugging drops in Google Search traffic », 2026).
Une page qui perd 40 pourcent de ses clics en octobre n’est pas forcément malade : elle est peut-être saisonnière, observée au creux de son cycle. Sans comparaison d’une année sur l’autre, l’audit produit des faux positifs en série et le budget part à réécrire des pages qui allaient bien.
Ajoutez donc deux colonnes de contrôle : clics des 3 derniers mois, clics de la même période l’année précédente. Stable en annuel mais en baisse sur le trimestre, la page est saisonnière. En baisse sur les deux, c’est un vrai sujet.
Étape 3 : poser le mapping une requête cible égale une page
Le principe est archi-connu : une intention, une page. Il est mal appliqué parce qu’il est toujours énoncé dans le sens de la production (choisir une requête, écrire une page) alors qu’un audit travaille en sens inverse. L’intention sert ici de critère d’alignement : pour chaque page en ligne, on vérifie que la SERP de sa requête cible attend bien le type de contenu qu’elle propose. Les fondamentaux du concept et la qualification commerciale des requêtes sont traités dans notre article sur l’intention de recherche. Ici, c’est un instrument de mesure, rien de plus.
Choisir la requête pivot de chaque page, pas l’inverse
- Search Console, rapport Performances, filtre sur l’URL exacte, plage de 16 mois.
- Tri des requêtes par impressions décroissantes.
- Repérer la requête qui cumule le plus d’impressions et dont la SERP correspond au rôle de la page. Une page de service dont la première requête déclenche une SERP de guides et de définitions n’a pas sa requête pivot, elle a sa requête d’accident.
- Inscrire cette requête dans la colonne « requête pivot déclarée ».
L’ordre compte : on part de la page existante pour lui trouver sa requête, pas d’une liste de mots-clés à caser. Cas typique, une page « nos prestations » dont 80 pourcent des impressions viennent de requêtes de définition. Elle n’est pas mauvaise, elle est mal identifiée : sa requête pivot réelle est informationnelle, et il manque au corpus une page transactionnelle.
Une cible n’est pas un plafond
Nuance systématiquement ratée. Selon une étude Ahrefs portant sur 3 millions de requêtes, une page classée en position 1 se positionne aussi dans le top 10 sur près de 1 000 autres requêtes en moyenne, la médiane étant d’environ 400 (Ahrefs, « How many keywords can you rank for with one page? », 2017).
La règle une requête égale une page est donc une règle de ciblage éditorial, pas une limite de couverture : une page bien construite capte naturellement des centaines de variantes.
Corollaire : ne jamais découper une page performante sous prétexte qu’elle range sur cinq requêtes. Le réflexe, fréquent après un audit mal cadré, fragmente une page qui concentrait autorité, maillage et historique en cinq pages faibles qui se cannibalisent. Le découpage ne se justifie que si les requêtes appellent des SERP franchement différentes.
Les pages sans requête pivot identifiable
La page dispersée. Des impressions sur des dizaines de requêtes sans jamais en dominer aucune, position moyenne entre 25 et 60, aucun clic. Elle effleure beaucoup de sujets et n’en traite aucun.
La page hors format. Sa requête théorique est bonne, mais la SERP est occupée par un format qu’elle n’adopte pas : comparatif, page produit, vidéo, outil. Disqualifiée quel que soit son contenu.
Ces deux profils sont les candidates prioritaires à la réécriture ou à la fusion. Premier tri du tableau, il concerne couramment 20 à 30 pourcent des URL d’un corpus non audité.
Étape 4 : détecter les quatre anomalies du corpus
Le tableau est rempli, les requêtes pivots posées. Quatre anomalies, chacune avec sa manipulation de détection. Les corrections sont arbitrées à l’étape suivante.
Cannibalisation : deux pages, une intention
Filtrer par requête. Dans la Search Console, filtrez sur une requête pivot, puis ouvrez l’onglet Pages sur 12 mois. Plusieurs URL avec des impressions significatives : candidat.
Repérer les alternances de position. Comparez les positions de deux URL semaine par semaine sur la même requête. Quand Google alterne, il n’a pas tranché quelle page sert la requête. Symptôme le plus fiable.
Croiser les requêtes pivots du tableau. Un tri sur la colonne fait remonter les doublons déclarés en trente secondes.
Seuil de tri : la cannibalisation devient prioritaire quand les deux pages cumulent des impressions significatives et qu’aucune ne dépasse la position 10. Deux pages qui se partagent une requête où vous êtes déjà premier ne sont pas une urgence. Le volet résolution, page canonique, fusion, retarget, canonical, 301 et reprise du maillage, est traité dans notre article sur la cannibalisation des mots-clés.
Contenus zombies : le seuil et la fenêtre d’observation
Le terme circule beaucoup, le critère chiffré presque jamais. En voici un : une page est candidate au statut zombie si elle cumule, sur 12 mois glissants, moins de 10 impressions, zéro clic et zéro conversion. Les trois conditions ensemble. Une page à 4 000 impressions et zéro clic n’est pas zombie, c’est une page mal titrée ou mal positionnée, et son traitement est tout autre.
Deux garde-fous. L’âge : une page de moins de 6 mois n’a pas fini son cycle de maturation, on l’attend. La saisonnalité : d’où la fenêtre de 16 mois, une page liée à une opération annuelle pouvant concentrer toute son activité sur un mois.
Un point de contexte remet l’exercice à sa place : 96,55 pourcent des pages indexées ne reçoivent aucun trafic organique de Google (Ahrefs, 2023). Une page sans trafic n’est donc pas une anomalie, c’est la norme. Ce qui rend une page zombie problématique, c’est qu’elle occupe une intention que vous vouliez servir. Zombie sur un sujet stratégique, c’est un échec ; sur une mention légale, un non-sujet.
Trous de couverture : les intentions que votre corpus ne sert pas
Un gap n’est pas une idée d’article : c’est une intention que votre site croise déjà sans avoir de page pour la servir.
Les impressions sans clic et sans page dédiée. Filtrez les requêtes à impressions récurrentes, position moyenne au-delà de 15, et vérifiez quelle URL les capte. Si c’est une page hors sujet, votre site ranke par accident : la requête est à votre portée, mais aucune page ne lui est consacrée. C’est un gap prouvé par vos propres données, pas déduit d’un outil de volume.
Les SERP des requêtes pivots. Relevez les questions du bloc Autres questions posées et les recherches associées, puis confrontez-les au tableau : celles sans page correspondante sont des gaps candidats.
Chaque gap validé devient une ligne de création, distincte des lignes d’optimisation : une création engage un budget de production et des mois de maturation, une optimisation se mesure en semaines.
Pages hors intention : du trafic, pas de conversion
L’anomalie la plus coûteuse et la plus invisible, parce qu’elle ressemble à un succès dans les rapports de trafic. Symptôme : clics élevés, position correcte, conversion nulle. La page est vue, cliquée, lue, et elle ne produit rien.
Diagnostic : décalage d’intention. Elle répond à une intention informationnelle alors que vous en attendiez une commerciale, ou l’inverse. Elle fait correctement un travail dont vous n’aviez pas besoin.
La décision demande de la discipline : réécrire pour l’intention réelle, celle que les données constatent, et créer une page distincte pour l’intention manquante. Tordre une page qui fonctionne en y greffant des blocs commerciaux détruit les deux performances. Une page qui capte 2 000 clics informationnels par mois est un actif : point d’entrée, puis maillage vers la page commerciale.
Étape 5 : mesurer la couverture sémantique d’une page face au top 10
Le mot sémantique se joue ici : comparer les sous-thèmes de votre page à ceux que traitent les pages positionnées sur la même requête. Non pour ressembler aux concurrents, mais pour vérifier que vous ne faites pas l’impasse sur ce que la SERP tient pour le socle du sujet.
Extraire le champ lexical réellement attendu par la SERP
Méthode manuelle, sans outil payant, 20 à 30 minutes par requête pivot.
- Ouvrez les 10 premiers résultats organiques de la requête pivot, en navigation privée et en localisation neutre.
- Relevez leurs H2 et H3. Pas le contenu, la structure.
- Regroupez les intitulés par sous-thème et comptez les occurrences.
- Les sous-thèmes traités par au moins 6 résultats sur 10 forment le socle attendu. Si votre page en manque un, c’est un manque objectif.
- Ceux traités par 2 ou 3 résultats sont des angles de différenciation, pas des obligations.
Les outils sémantiques (YourTextGuru, 1.fr, SEOQuantum, Semrush) automatisent l’opération avec une pondération statistique du vocabulaire. Plus vite, sur plus de pages, pas mieux sur le fond : ils extraient le corpus concurrent que vous lisez à la main. Leur intérêt est le passage à l’échelle.
Lire un score de couverture sans le prendre pour une note
Ces outils produisent un score qui mesure la ressemblance à un corpus concurrent. Ni la qualité, ni la pertinence, ni l’utilité. Une page à 100 pourcent de couverture ressemble parfaitement aux neuf autres : condition d’entrée, jamais avantage.
La règle d’arbitrage tient en une phrase : atteindre le socle commun, puis ajouter ce que personne ne traite. Google demande d’ailleurs, dans sa documentation sur le contenu utile, si le contenu apporte une information, un reportage, une recherche ou une analyse originale (Google Search Central, 2026). Un score de 95 pourcent sans apport propre coche la première case et rate la seconde.
Couvrir n’est pas répéter
Le piège de la réécriture guidée par un rapport d’outil : ajouter mécaniquement les termes manquants, ce qui produit des paragraphes creux bâtis autour d’un mot qu’il fallait placer.
La contre-méthode est un filtre unique : un sous-thème manquant n’est intégré que s’il correspond à une question réelle du lecteur. Si vous ne savez pas formuler cette question, le terme est écarté, y compris quand l’outil l’affiche en rouge. Dans le tableau, une ligne de réécriture porte donc sur des sous-thèmes à ajouter, formulés en questions, jamais sur des mots à placer.
Étape 6 : arbitrer entre garder, fusionner, réécrire et supprimer
Toutes les données sont dans le tableau. Trancher demande une règle explicite, sinon la décision se prend au ressenti et se renégocie à chaque réunion.
La grille de décision à trois entrées
Trois variables déjà présentes dans le tableau. Performance : clics et position moyenne sur la requête pivot, sur 12 mois. Alignement : la page sert-elle une intention claire, et est-ce la bonne. Valeur business : ce que vaut un visiteur venu de cette requête.
| Performance | Alignement | Valeur business | Décision |
|---|---|---|---|
| Bonne | Bon | Quelconque | Garder et surveiller |
| Faible | Bon | Moyenne à forte | Réécrire et renforcer le maillage interne |
| Faible | Bon | Nulle | Garder en l’état, ne rien investir |
| Quelconque | Doublon avec une autre page | Quelconque | Fusionner |
| Bonne | Mauvais | Forte | Réécrire pour l’intention réelle et créer la page manquante |
| Nulle sur 12 mois | Nul | Nulle | Supprimer ou désindexer |
C’est la valeur business qui tranche les cas ambigus, jamais le volume seul. Une requête à 90 recherches par mois qui amène des devis vaut plus qu’une requête à 8 000 recherches qui amène des étudiants. Le volume mesure une audience, pas un marché.
Fusionner proprement : 301 et canonical n’envoient pas le même signal
La fusion est la décision la plus fréquente après un audit, et la plus mal exécutée : les deux outils disponibles sont utilisés indifféremment. La hiérarchie officielle est pourtant documentée : la redirection est un signal fort, la balise rel canonical est un signal fort, l’inclusion au sitemap est un signal faible, et ces méthodes se cumulent (Google Search Central, « How to specify a canonical URL with rel=canonical and other methods », 2026).
Redirection 301 quand la page source doit disparaître : le contenu utile a été rapatrié, plus personne n’a besoin de l’ancienne URL. Cas standard de la fusion de deux articles.
Balise canonical quand les deux pages doivent rester accessibles, typiquement une page de campagne et une page de service au contenu proche que le commercial envoie en lien direct.
Et le geste qu’on oublie systématiquement : mettre à jour les liens internes qui pointaient vers l’ancienne URL. Rediriger en 301 tout en continuant de lier vers la source envoie deux signaux contradictoires. Le crawl de l’étape 1 donne la liste des pages à corriger.
Supprimer : pourquoi Google déconseille le nettoyage de masse
Le content pruning est vendu comme une bonne pratique quasi automatique : supprimez vos pages faibles, la qualité moyenne remonte, le classement suit. Google dit le contraire, noir sur blanc. Sa documentation sur le contenu utile range parmi les mauvaises pratiques le fait d’ajouter beaucoup de contenu ou d’en supprimer beaucoup dans le seul but d’améliorer le classement global, et répond sans ambiguïté que cela ne fonctionne pas, « No, it won’t » (Google Search Central, 2026).
La règle est donc nette : on supprime une page parce qu’elle ne sert plus personne, jamais parce qu’un tableau a compté trop d’URL. Une page supprimée avec un historique de liens entrants se redirige vers l’équivalent le plus proche, jamais vers l’accueil. Et quand elle garde une utilité pour un utilisateur ou un commercial, la bonne réponse est le noindex : hors du corpus indexé, mais accessible.
Étape 7 : transformer l’audit en plan d’action priorisé et chiffré
Un audit sémantique ne vaut que par son livrable. Un document de 60 pages qui décrit le corpus sans dire quoi faire lundi matin est un coût, pas un investissement.
Prioriser par effort et impact, pas par volume de recherche
Deux notes de 1 à 5 par ligne. Impact : position actuelle, potentiel de clics, valeur business. Une page en position 8 sur une requête commerciale note 5, une page en position 45 sur une requête informationnelle note 1. Effort : mots à produire, dépendances techniques, validation métier ou juridique. Une réécriture de 400 mots sans dépendance note 1, une refonte de gabarit note 5.
Triez par impact décroissant et effort croissant. La première vague sort d’elle-même : les pages entre la 5e et la 15e place sur une requête à valeur commerciale. Ce sont celles où quelques centaines de mots bien ciblés déplacent la ligne, parce que le site est déjà jugé pertinent et qu’il ne manque que de la couverture ou un meilleur format. Les créations de contenu neuf passent en seconde vague : plus chères, 4 à 8 mois avant un résultat mesurable, elles ne doivent jamais consommer le budget des optimisations à retour rapide.
Le format du livrable : un tableau exécutable, pas un PDF de constats
| Colonne | Ce qu’elle contient |
|---|---|
| URL | La page concernée, ou « à créer » |
| Décision | Garder, fusionner, réécrire, supprimer, créer |
| Requête pivot | La requête retenue après arbitrage |
| Sous-thèmes à ajouter | Formulés en questions, issus de l’étape 5 |
| Responsable | Une personne nommée, pas un service |
| Échéance | Une date, pas un trimestre |
| Indicateur de suivi | Ce qu’on relèvera pour juger l’action |
Le test de validité : chaque ligne doit pouvoir être confiée telle quelle à un rédacteur ou à un développeur, sans réunion supplémentaire. Si elle nécessite un brief oral, elle n’est pas finie. C’est tout l’écart entre plus de datas et moins de blabla : le même travail d’analyse, rendu sous une forme qui s’exécute.
Mesurer l’effet et fixer la fréquence de repasse
Quatre indicateurs par vague, tous dans la Search Console : impressions et position moyenne sur les requêtes pivots traitées, nombre de pages dans le top 10, clics sur les pages réécrites, conversions rattachées.
Première mesure 8 à 12 semaines après la mise en ligne : avant, vous mesurez du bruit. Comparez en année glissante sur la fenêtre de 16 mois, pas au mois précédent.
Repasse complète une fois par an. Plus souvent est inutile sur un site stable, moins souvent laisse le corpus redériver. Trois événements justifient une repasse anticipée : une refonte, une migration d’URL, un core update qui a visiblement déplacé vos positions.
Ce que change vraiment un corpus aligné
Un site ne gagne pas parce qu’il publie plus. Il gagne parce que chacune de ses pages sait quelle question elle répond, à qui, et à quel moment du parcours. C’est tout ce que produit un audit sémantique, et la seule chose qui tienne dans le temps : garder, fusionner, réécrire, supprimer, quatre décisions appliquées à chaque URL, données à l’appui.
Pour passer votre corpus au crible et repartir avec un plan d’action exécutable, parlons de votre site.